Fils de pub
Il y quelques années, on (je ne me souviens plus c’était qui, d’où l’utilisation du ON) a décidé d’interdire les annonces publicitaires s’adressant directement aux enfants. C’est fantastique puisque les experts s’entendent habituellement sur le fait que les cerveaux des enfants sont comme de vraies éponges. (Bon, moi être un enfant je serai insultée car une éponge au fond, c’est tout mou, plein de trous et habituellement gorgé d’eau! M’enfin…). Mais, car y’a toujours un MAIS, même quand une publicité (qu’elle soit télévisuelle, radiophonique ou via internet) ne s’adresse pas directement à eux ou ne concernent pas un produit qui pourraient potentiellement les intéresser, les enfants enregistrent!
Oh oui! Ils enregistrent tout!
Démonstration #1 (le domicile des Facettes, il y a 3 ans, dans le salon) : Prise d’une inspiration subite (normalement pas bon signe ça!), je décide qu’il est plus que temps d’élargir les horizons de mes merveilleux marmots : Farahtionnel-Aîné est alors âgé d’un sage 5 ans et Facétieux-Cadet gazouille et trottine ses « 2-ans-NON! » très affirmés.
Débarquant avec un plaisir sadique « Manie Broc-au-lit » du lecteur de DC (ou CD pour les bilingues), je sors pompeusement de ma discographie le chef-d’œuvre musical « The only classical CD you’ll ever need! », présenté par RCA Victor et en vente dans tous les Woolco, Woolworth, K-Mart, Home Hardware, Joe le Constructeur & al…
Farah-maman : « Les enfants, venez ici et ouvrez bien grandes vos oreilles, maman va vous faire écouter quelque chose de vraiment magique! »
Les petits choux s’installent donc bien sagement sur le divan (le coup de la magie, ça marche à tout coup!) et je fais une « Manon » de moi-même, pesant bien fort sur le piton :
Piste (ou Track pour les bilingues) #1 Vivaldi : Les quatre saisons - Printemps. Les enfants ont les yeux grands ouverts, attentifs à cette sonorité nouvelle et honnêtement, je jubile car ils semblent sincèrement apprécier, malgré le fait que, comme me le fait judicieusement remarquer Farahtionnel-Aîné, son petit index dans les airs (hé oui! déjà à 5 ans!) : « Ils ont oubliés de mettre les paroles! ».
Quelques explications plus tard, la Piste #2 Bach : Air on G string débute et j’explique à mes deux amours que c’est sur cet air que Farah-maman a descendu l’allée pour aller rejoindre leur géniteur adoré. Quelques fous rires plus tard (que j’essaie de ne pas prendre personnels), nous voilà tous les trois à imiter les pas solennels qu’affectent les jeunes mariées lors de leur moment de gloire. Yé! S’ils réussissent à s’exprimer physiquement, c’est qu’ils font plus qu’apprécier!
Le clavecin soutenu de la piste #3 Pachelbel : Canon nous transforme en véritables nobles de la cour! On danse, on fait toutes les simagrées appropriées, les gars me font même tournoyer!
À la piste #4 Beethoven : Symphonie no.5 – mouv.1, c’est la folie furieuse! Nous sommes maintenant de preux chevaliers, qui doivent aller « sssauver la belle princesssse du mésssant monsssieur! ». On galope, on court, on rit et moi je souris intérieurement de ma victoire. Mes fils seront de jeunes hommes ouverts d’esprit, cultivés, intéressés et intéressants! À cette ère où les chanteuses pop se consomment (et consomment! Parlez-en à Brittaney Spirit!) plus vite qu’un Big Mac extra sauce, c’est toute une victoire morale pour Farah-SUPERmaman!
Après avoir skippé les Pistes #5 et 6 (Debussy et Tchaikovsky), « ça ressemble trop à des berceuses » et « nooon ! pas aller dodoooo! » étant jugés comme des arguments plus que recevables, nous arrivons à la Piste #7 et…
Farahtionnel-Aîné et Facétieux-Cadet (dans un chœur troublant de synchronisme) : « TU – DEVRAIS – ALLER CHEZ JEAN-COUTU!!! TU – DEVRAIS – ALLER CHEZ JEAN-COUTUUU!!!! » Mozart : Eine kleine Nachtmusik – mouv. 1
Farahtionnel-Aîné (seul cette fois) : « Ouah Maman! Trop hot! On a la vraie chanson de Jean Coutu ici? Ennncoooorre!!! »
Échec cuisant. C’est qui la prétentieuse qui avait oublié le principe de base quand on a des enfants qui dit que « faut jamais, ô! grand jamais assumer de rien »?
Échec doublement cuisant puisque dans les jours qui ont suivi, les petits Facettes disaient à qui voulait bien les entendre que leur maman faisait de la vraie magie, puisqu’elle leur avait fait écouter la musique de Jean Coutu!
Démonstration #2 (le domicile des Facettes, le week-end dernier, dans la cuisine) : C’est soir de joie et d’allégresse chez les Facettes puisque Farah-maman a décidé d’accompagner le poulet rôti de patates frites maison! (pour ceux qui s’inquiètent de l’apport nutritif des repas servis aux jeunes québécois et pour me déculpabiliser – encore! – le tout était accompagné d’une assiette de crudités).
Facétieux-Cadet : « Regarde maman, mon sssuper gun que j’ai fait en Lego®* »
* ®=On est jamais trop prudents!
Farah-maman (dans un souci constant sauvegarder notre belle langue): « Un fusil Facétieux, on dit un fusil… quoique tu puisses aussi dire un pistolet, mais il me semble que tu seras moins pris au sérieux! ».
Et de sortir de l’armoire le sac de pommes de terre. Le séjour prolongé de celui-ci dans le noir avait miraculeusement doté les tubercules en question d’excroissances étonnamment longues, aussi rebaptisées « pattes » par notre aimé Farahtionnel (ou germinations, pour le reste de la planète!)…
Et de m’entêter avec mon petit couteau à pétates (tu constates ici que la règle d’or familiale d’utilisation du bon mot à la bonne place ne s’applique pas toujours à moi!) à enlever la pelure molasse de ce qui ressemblait en fait plus à l’excroissance fripée et ratatinée d’un tuberculeux essoufflé qu’à une future frite…
C’est alors qu’une lumière s’est allumée dans le regard de mon cadet. Ouvrant le deuxième tiroir de la cuisine (vous savez, celui où tout le monde met ses gros ustensiles?), il y pêche quelque chose et me lance fièrement (avec en plus un accent « marketing » bien réel):
« Tiens maman! Prends-donc ton Willi Waller 2006, ça va aller bien mieux! »
…
Essayez donc d’expliquer à un fanatique des Têtes-à-claques âgé de 5 ans que « le bon mot à utiliser » dans cette circonstance aurait été ÉCONOME!
Raté, je vous le dis, c’est raté… Ramenez-vite les annonces publicitaires pour les enfants, ainsi nous les parents pourront au moins revoir les capsules de la « Vieille Dame » car elle, elle s’avait quoi faire…
EEEET VOOOUS ???