26 juillet 2007
Éduquons nos aînés!
Je dois le dire, j’aime les aînés.
Je trouve qu’ils sont vraiment fantastiques d’avoir réussit à passer à travers le dernier siècle (ou presque!) sans complètement devenir (tous) gagas!
Mon grand-père maternel, un pur beauceron, fils de colon, patenteux & raconteur hors-pair me confiait pourtant un jour qu’il était très content d’avoir vu le jour à cette période-ci de l’humanité : Quand il était jeune, l’électricité était encore quelque chose de complètement magique et la seule vue d’une ampoule nue, pendant tristement au plafond de leur cabane en bois rond les rendaient surexcités pour des jours! Il se disait chanceux d’avoir vu l’arrivée de la télévision (il a vendu à l’époque sa seule vache, et ce, sans consulter ma grand-mère afin de pouvoir s’en acheter une!), de l’électronique, des hommes sur la lune, d’Internet, des voitures… pour un petit gars qui devait marcher 3 milles à pieds pour aller à l’école (son bureau sur le dos, pieds-nus dans la sloche, ha!ha!ha!), il se considère privilégié d’avoir pu être témoin de ce qu’il appelle « une viarge de belle évolution ».
Mes deux grands-mères sont des femmes très avant-gardistes, qui ont toujours travaillé pour « gagner leur vie » tout en élevant des familles de 6-8 enfants. Des forces de la nature qui ont su rester indépendantes, à une époque où les femmes dépendaient financièrement (et légalement!) de leurs maris.
Ma grand-mère paternelle a « magasiné » avant de choisir mon grand-père, un beau brun au yeux bleus et ne s’est marié qu’à 25 ans, seulement quand elle a été bien certaine de son choix (et non, ce n’était pas un pichou ma grand-maman! Cheveux blonds, yeux bleus, racking énorme, rebondi et 100 % naturel, taille fine – elle a dû en briser des cœurs!). Elle conduit, à 83 ans, sa voiture à plus de 130 kilomètres/heure et n’a pas peur d’envoyer promener son homme quand il triche aux cartes!
Ma grand-mère maternelle, quant à elle,gigue avec moi à toute les fois que je vais la voir. Elle me soulève dans ses bras minces et forts pour me montrer combien elle m’aime, elle me prend encore sur ses genoux pour me bercer au coin du poêle à bois (je sais, je sais, j’ai trente et un ans mais si vous saviez comme c’est rassurant de pouvoir encore mettre mon visage dans son cou si doux et de retrouver, l’espace d’un instant, cette béatitude de l’enfance…). Elle fait minimum 5 km de vélo ou de marche tous les jours, été comme hiver, et reçoit encore ses petits-enfants et ses enfants en cuisinant 4 plats différents et tous leurs accompagnements pour être sûre qu’il y en aura pour tous les goûts!
Mon grand-père paternel quant à lui, scrute tout de ses beaux yeux bleu-acier. Il aime les belles voitures, les bons restaurants, la pétanque, jouer tricher aux cartes (solidarité féminine!), l’inspecteur Columbo et il est, comme les 3 autres, tellement jeune de cœur et ancré dans la réalité, comme en fait foi cette anecdote :
J’ai 16 ans, je mets la dernière main à mes préparatifs en vue d’un « trip de camping » avec mon copain et deux amis. Mon grand-père, en visite chez mes parents, me regarde et me demande « Le gars avec qui tu t’en vas, c’est ton cavalier (« chum » en langage de GrandPoupa@Facettes) ou bedon c’est un « ami d’aujourd’hui? » (« fuck friend » en langage de Pepa@Facettes)… » Déjà, qu’il soit au courant pour les « amis d’aujourd’hui », et qu’il approuve en plus, si j’en crois son sourire en coin et ses yeux taquins, ça me scie littéralement. Mais quand je lui réponds que c’est mon « chum steady » tout en glissant un énorme roman dans mon sac et qu’il me rétorque : « Ouin ben à te voir amener de la grosse lecture de même, il doit être bien ennuyant ton cavalier… s’il sait pas quoi faire avec toi dans le bois pour te changer les idées à place de lire, j’ai idée que t’aurais mieux fait d’inviter un ami d’aujourd’hui! ». Alors là, je suis restée sans mots.
Et pour la petite histoire, j’ai réussi à finir Les Trois Mousquetaires de Dumas (795 pages) ce week-end là… Le lundi suivant j’étais, suivant la sagesse de mon grand-père, à nouveau célibataire!
De plus, lorsque j’étais étudiante, en ces jours où j’étais jeune, insouciante et encore ferme, je travaillais dans un centre d’accueil pour personnes âgées. Ce qui m’a permis d’augmenter encore ma connaissance de celles-ci.
J’ai plein de beaux souvenirs de ce contact privilégié avec ces aînés « institutionnalisés »:
- Les mamies avec leurs paparmanes roses comme leurs joues roses et ridées.
- Les papys, avec leurs harmonicas usés, leurs blagues salées et leurs clins d’œils affectueux
- Les « partys » dans la salle communautaire, transformée pour l’occasion en véritable stationnement de chaises roulantes où j’ai pu apprendre en entier (avec la prononciation des « R » bien roulés) ce classique de la chanson française : Frrrroufrrrrou! Frrrroufrrrrou… en son jupon la fâââââmme…
- Les parties de jambes en l’air rapides avec le Farahbuleux Zépoux (on travaillait ensemble à l’époque, c’est d’ailleurs là qu’on s’est connu!) dans la réserve du service alimentaire (hein? Oups? On était pas supposé? Ce souvenir n’a pas rapport avec les aînés? C’était interdit? Bof… on doit pas être les premiers, si j’en crois les pages centrales du journal de Mourial, à avoir étés payés pour fricotter!)
Vous constatez donc que j’ai été, et que je suis encore, extrêmement gâtée en terme d’aînés dans mon entourage. Non seulement bénie des dieux d’avoir encore mes 4 grands-parents en santé avec moi à l’âge de 31 ans, mais chanceuse d’avoir pût avoir pleins de discussions intéressantes avec des gens qui ont l’expérience et la sagesse que seul peut apporter le poids des années.
Mais voilà… il y a un hic… C’est que d’avoir travaillé dans un centre d’accueil pendant si longtemps m’a donné un regard d’aigle pour déceler les personnes âgées haïssables. Vous savez, ces vieux croûtons (et croûtonnes) qui ne font que chialer contre tout, qui se croient tout permis parce qu’ils sont vieux et qui, par le fait même, oublient toute la rubrique « politesse de base » de leur livre sur « la vie en société ». Ils portent normalement des indices qui montre bien qu’ils ont sûrement étés comme cela une bonne partie de la vie : Rides des commissures des lèvres très marquées et descendantes vers le bas, pli entre les sourcils si linéaire et si creux qu’on pourrait y glisser une carte de bingo et finalement, index qui pointent dans toutes les directions (sauf dans la leur, naturellement!).
Mais voilà encore… il y a un deuxième hic… C’est que je me suis donné pour mission (ne me demandez pas pourquoi! Il y a des choses comme ça dans la vie qui me font plaisir et que je ne questionne plus…) d’éduquer ces vieux schnoques! De leur rendre, tout en restant toujours extrêmement polie, un peu de la réalité qu’ils nous font subir.
1ere mission (il y a 10 ans, Montréal) : Au dit centre d’accueil, en plus du Farahbuleux-Zépoux, il y avait aussi ma chère Soeurette@Facettes qui y travaillait comme préposée aux bénéficiaires. Un jour, en rentrant du boulot, elle me raconte, encore ébranlée, que Madame Tessier, l’affreuse pensionnaire/tortionnaire du 465B a été très impolie quand Soeurette a voulu l’aider à manger et qu’elle lui a dit des méchancetés très blessantes. Je ne vais pas les répéter mais dites-vous qu’Eminem dans ses chansons sonne comme un enfant de cœur en comparaison! Dès le lendemain, alors que je devais changer, en tant que préposée à l’entretien ménager, toutes les poubelles de toutes les chambres (dont certaines avec des fluides corporels peu alléchants, laissez-moi vous le dire!), je m’approchai du 465B avec un air de défi : qu’elle ose voir, qu’elle ose juste me dire des saloperies comme celles qu’elle a servi à ma Soeurette adorée!
Farah-Facettes (débitant sa petite phrase habituelle, avec un grand sourire) : « Bonjour Madame Tessier, ça va bien aujourd’hui? »
Madame Tessier : « Bon! C’est qui celle-là encore? »
Farah-Facettes (sourire de carnassier) : « Je viens changer votre poubelle! »
Madame Tessier : « Ok, faque-toi dans vie, tu ramasses des vidanges pis t’as le culot de te promener, les jeans sur le cul, avec un osti d’air d’aimer ça en plus? Moi si j’avais eu une fille pis qu’elle avait ramassé des vidanges pour gagner sa vie, j’y aurais craché dans la face avec ce que j’ai sur le fond des poumons »
À ce moment là, je l’ai regardé bien en face et la seule chose que j’ai vu dans ses yeux c’était de la méchanceté pure, du dédain – Elle avait littéralement l’air d’un genre d’Hitler en marchette et ses rides d’expression haineuses m’ont confortées dans ma décision :
Farah Facettes (avec un air de pitié et de compassion dégoulinant, Cheesy au maximum) : « Hoon… pauvre vous… Que vous avez donc dû être malheureuse et puis toute seule dans la vie à être méchante de même. Non mais, je comprends que dans votre cas, c’est sûrement la solitude qui vous a rendue aussi amère – c’est dur être seule, surtout quand c’est nous-même qui l’avons provoquée… (puis, avec un énorme sourire). Bien je vais vous souhaiter une belle journée quand même, j’imagine que vous allez vraiment en avoir plus de besoin que moi! »
Madame Tessier s’est excusée à ma sœur lors de son arrivée pour son quart de soir et ses bonnes résolutions ont tenu 18 heures. Elle a été polie, elle n’a pas insulté personne. (Vous me direz que 18 heures, ce n’est pas beaucoup mais cela veut dire 3 préposées, 2 infirmières, 1 moppeux, 1 vidangeuse et 20 colocataires qui n’ont pas eu à endurer ses sarcasmes pendant 1080 minutes. Si on multiplie par le nombre de personnes, ça fait donc 29160 minutes de bonheur gratis pour 20 secondes d’acte héroïque…)
2ème mission (il y a un an, Montréal) : Je suis à la file, dans une station de service. Ça fait environ 12 minutes que j’attends qu’une pompe se libère… Il fait chaud, pas une auto ne semble avoir l’air climatisé, il y a de la tension dans l’air, comme quand un orage électrique se prépare. Alors que la voiture devant moi dégage le chemin et que je commence à m’avancer pour enfin nourrir le Bazou@Facettes de sa ration hebdomadaire de gasoline, un gros Cadillac court-circuite la fille en faisant un virage à gauche interdit et vient prendre ma place à la pompe qui venait enfin de se libérer. Ce faisant, il bloque aussi l’autre pompe à l’arrière, frustrant (enrageant!) ainsi deux conductrices trouvant qu’un quart d’heure pour aller gazer, c’est déjà assez long sans qu’un malotru vienne se faufiler! Tout le monde est estomaqué par l’audace du Gros Caddie. Je vois les yeux des gens s’écarquiller de surprise aux 4 autres pompes occupées tandis qu’un klaxon rageur se fait entendre dans la file derrière moi.
Je regarde dans la voiture et mon âme d’héroïne sursaute! Un aîné! Un aîné à convertir, à évangéliser aux règles de bonne vie en société! Ne faisant ni une ni deux, je sors de mon bazou et vais tapoter la vitre (encore montée, il l’a lui l’air climatisé!) de mon futur élève.
Farah-Facettes (extrêmement polie, mes parents m’ont bien élevée, MOI!) : « Monsieur, je suis désolée de vous déranger mais il faudrait tasser votre voiture parce que vous venez de passer devant toute la file et ça fait longtemps qu’on attends…
Gros Caddie (me regardant d’un air de défi) : « Ben c’est ça, vous attendrez, j’ai assez attendu dans ma vie moi, astheur c’est à votre tour! »
Farah-Facettes (estomaquée par l’arrogance du bonhomme) : « Mais monsieur, c’est pas une raison pour ne pas respecter les autres, il faut vraiment que vous tassiez votre voiture maintenant, sinon c’est vraiment pas juste! »
Gros Caddie (se détournant pour prendre son portefeuille) : « Retourne donc dans ton char, maudite criss de folle pis prends ton mal en patience ! ».
Farah-Facettes (avec un air de pitié et de compassion dégoulinant, Cheesy au maximum) : « Monsieur, je suis polie avec vous moi, vous n’avez pas à être impoli. J’aimerais que vous vous excusiez de m’avoir insulté (puis, devant son mutisme borné) : Ahhh… Ok, là je comprends, à l’âge que vous avez, ça doit vraiment faire longtemps que votre pauvre maman est décédée, elle n’est donc plus là pour vous montrer les bonnes manières! Ok, bien merci de m’avoir donné un exemple à servir à mes enfants quand nous parlerons du manque de savoir-vivre de certains ADULTES. Bonne journée! Et encore merci! »
Hé bien, croyez-le ou non mais le bonhomme n’a pas bougé son auto… Mais tout le monde sous la marquise de la station-service a applaudi quand je suis retournée, d’un pas triomphant, vers le Bazou@Facettes. La préposée au paiement s’est même dit impressionnée par mon tact (!) et par le fait que j’avais osé (sacrilège!) faire la morale à un aîné! Je lui ai répondu que c’était pas parce que les Gros Caddie de ce monde ont plus de millage que les petites zézettes comme nous qu’ils devaient obligatoirement occuper les deux voies sur l’autoroute de la vie…
3ème mission (hier, Banlieue éloignée) : Nous sommes dans le stationnement d’un magasin grande-surface. Une dame assez âgée peine à ranger son panier sur le terre-plein juste à côté de son auto (plutôt que d’aller le porter à l’endroit prévu, le « rack à panier », situé à quelques mètres derrière son véhicule). Mon sang d’héroïne n’a fait qu’un tour; la vieille peau! La mautadite! Plutôt que de faire 3 pas de plus, elle aime mieux forcer comme une sauterelle (elle avait plus l’air de ça que d’un bœuf!) tout en regardant autour pour voir si personne ne la voie méfaire son méfait! Alors qu’elle retourne tranquillement vers sa voiture, sifflant presque sa ridicule petite victoire sur le système, je bondis, m’empare dudit carrosse et, en me dirigeant vers le BON endroit où le ranger, je lance assez fort pour qu’elle m’entende : « Laissez-faire madame, on va y aller le ranger votre panier, ça va nous faire plaisir! »
Et c’est en revenant vers nos voitures que je l’ai aperçue; elle me regardait de la fenêtre de sa voiture et là j’ai senti une énorme pulsion pédagogique m’envahir et je n’ai pu m’empêcher de me diriger vers cette figure qui me narguait (non, elle n’était pas restée pour me remercier de l’avoir aidée, son visage n’exprimait vraiment pas la reconnaissance!)
Farah-Facettes : « Vous madame, vous m’avez tout l’air de quelqu’un qui dit continuellement comment les jeunes ne savent pas vivre… est-ce que je me trompe? »
La sauterelle : « bahh…. »
Farah-Facettes : « J’aimerais juste vous faire remarquer que le civisme, c’est à tout âge que ça se passe. Notre société se porterait beaucoup mieux si chacun y mettait un peu plus du sien, vous ne pensez pas? Sur ce, je vous souhaite une excellente journée.»
La sauterelle : « bahhh… »
Bon je sais, à la lumière de ces trois histoires, vous allez dire que je suis :
a) complètement folle
b) quelqu’un qui cherche le trouble
Mais moi je vous répondrai que je vois mes « missions » comme de petits gestes qui, un jour, allumeront peut-être la conscience sociale de quelques brebis égarées. Pis en plus, c’est tellement bon pour le moral! Je ne garde pas de frustrations en dedans de moi pis en plus, je contribue à rendre le monde dans lequel nous vivons ensemble un peu plus supportable…
Non, non, ne me dites pas merci mais s’il vous plaît, si un jour vous voyez une petite frisée avec des leggings rouges et arborant un t-shirt avec ce sigle
Applaudissez! Ça va m’encourager…
Pssst! Je vous mets au défi d’essayer vous aussi! (Aînés, jeunes ados à l’air pas trop violent, gros morrons dans le métro, etc.). Vous verrez, ça soulage et en plus, ça encourage pour l’avenir!
Re-Pssst! Je mets toute la faute de cette déviation sur le dos de tous les aînés qui font ou qui ont fait partie de ma vie... c'était à eux de ne pas mettre la barre trop haute!
Commentaires
De lire sur tes grands parents, ta grand-maman qui te prends encore sur ses genoux et tout, sans menteries, j'ai eu des larmes....
Peut-être parce que non seulement c'est beau, mais c'est sincère, vrai et que c'est ce que chaque être humain devrait avoir; un héritage familiale, de génération en générations.
Je n'ai pas eu (...) de grands-parents, et bon, j'aurais aimé vivre cela. Mais en lisant une histoire si belle dans la vie de quelqu'un d'autre, ça mets un baume sur mon petit vide.
Merci de m'avoir bouleversée xox
Et VLAN!, dans les dents!!!
GO FARAH GO!!! Pour ma part, je pense que je manque de courage parce qu'il y a tant de petites imbécilités que l'on voudrait souligner, alors qu'on ne le fait pas: gens qui jetent leurs déchets par terre, impolitesses en tous genres, etc. J'ai plutôt tendance à ne pas savoir garder mon calme dans ces situations, alors je préfère me taire et rager intérieurement que de risquer de perdre les pédales (surtout lorsque je suis à vélo!)
Mais bon, de lire vos exploits me donne de l'espoir...
haaa la belle -soeur!
Maudit que t'écris ben chérie! J'en reviens pas! Tu pourrais en faire une autre carrière! Tout ce que tu as dis sur les vieux, j'approuve à 100%. Le seul hick pour moi c que je penses tout ce que tu dis pis j'enrages quand ça l'arrive mais j'ai pas le courage de les affronter ces dites bêtes-là! Continue ma pitoune je t'aime fort fort!
ju xxxxxxxxxx
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